Bonjour à toutes et à tous,
Beaucoup d'entre vous, lectrices et lecteurs, me demandaient régulièrement des nouvelles d'Isabelle Loubry, votre héroïne préférée... Et bien voilà ! ça y est ! Deux ans à peine après la sortie d'Écart de mémoire, -toujours disponible-, la voilà qui réitère au sein de la Charente-Maritime dans un contexte très original... Une enquête criminelle au coeur des aménagements de ronds-points particuliers, dans un contexte mêlant drame familial et mode de vie des bikers...
Les cent cinquante premiers exemplaires du livre seront numérotés et dédicacés par mes soins. À ce jour, 90 numéros restent à être attribués. Aussi, n'hésitez pas d'ores et déjà à réserver votre ouvrage en m'envoyant un simple mail à l'adresse suivante pierre.brandao@sfr.fr.
Vous pouvez vous rendre aussi sur la page "commandes" : 
Dès la sortie effective du livre, prévue fin janvier-mi février, je reprendrai contact avec vous pour confirmer votre réservation et pour vous faire savoir la date de livraison.
Caractéristiques : environ 280 pages dont 24 pages couleur (photos des ronds-points entre autres), format 16X24, couverture pelliculée. Le prix est fixé à 20€, frais de port compris !
Afin de vous donner une idée, voici le premier chapitre. Bonne lecture !
avec toute ma sympathie,
Pierre
LES RONDS-POINTS DE LA COLÈRE
PROJET DE COUVERTURE
CHAPITRE 1
Rond-point « le bénédictin de Trizay »
Nuit du dimanche 11 avril 2010 – 02H00
Le département de la Charente-Maritime attire chaque année de nombreux touristes ; ce n’est pas un hasard ! La proximité des plages de l’Atlantique, ses cultures marines et vinicoles, son patrimoine et son caractère en sont ses atouts maîtres. Mais il existe un domaine méconnu de ce terroir qui devrait également plaire aux visiteurs : l’aménagement des terre-pleins centraux. Par exemple, en quittant Rochefort et en prenant la direction de Saint-Hippolyte, il faut s’aventurer sur la départementale 238 pour découvrir, à l’intersection de la 123 menant à Saint-Agnant, un de ces ouvrages. Près de Trizay, une monumentale statue a été érigée. Il s’agit d’un moine qui, toutes les nuits, on ne sait pourquoi, s’interroge sur son existence. Laissons-lui la parole :
— Ainsi donc, voici ma pénitence. Condamné à présenter aux deux astres de l’univers l’un des vitraux du prieuré Saint-Jean l’Évangéliste, à Trizay, sans pouvoir bouger, sans pouvoir respirer, ni même contempler la campagne alentours. Je sens bien, pourtant, le regard des passants, tantôt ahuris, tantôt surpris, mais jamais compatissants. Ils ne peuvent pas savoir à quel point je souffre de subir ainsi le calvaire de la solitude et de l’immobilité. Je suis un peu leur repère ; ils savent que, non loin de moi, ils découvriront les ruines de l’Abbaye et les fameux jardins de Compostelle, fleuron des lieux. Ils vont s’extasier sur le travail de Richard Texier qui a offert aux murs huit nouveaux vitraux, au dessin moderne… Grâce à cela depuis 2004, les touristes passent en masse et me saluent d’un rapide geste… pour m’oublier aussi vite… Connaissent-ils ma détresse ? Ressentent-ils les tourments qui me rongent de l’intérieur ? Je sais que, loin là-bas, face à mes bras tendus, Saint Jacques incarne mes espoirs. Mais si, le jour, les rayons du soleil passent à travers le vitrail pour réchauffer mon pauvre corps en résine, qu’en est-il de la nuit ? Qu’en est-il de mon âme fragile, lorsque le mystère des étoiles, le silence des ténèbres, la froideur de la lune, contribuent à mon angoisse ? Même le vent ne plisse plus ma longue bure grisâtre, même le chant des oiseaux s’arrête au seuil de mes oreilles abritées sous ma capuche solide… Je ne suis plus qu’un élément du décor, personne ne fait attention à moi, personne ne s’arrête et ne me contemple… Je suis réduit à rien. À rien. Je sais souffrir d’acédie, mais comment peut-il en être autrement ? Aucun réconfort autour de moi, aucune pensée chaleureuse !
Pourtant, cette nuit, une chose étonnante se produit. J’entends le chuchotement de plusieurs voix. Je ne vois pas de véhicule stationné à proximité mais, comme je ne peux pas tourner la tête, comment puis-je savoir ? Soudain, je sens dans mon dos une froideur différente, comme si on appuyait à l’aide d’un poinçon ma pauvre carcasse de moine. Aïe ! Qu’est-ce qui se passe ? Je ressens un violent coup et voilà que le froid s’engouffre à l’intérieur de mon corps ! M’a-t’on… transpercé ? Je sens une lame glisser dans l’ouverture, et pratiquer un mouvement de va-et-vient horizontal… On m’ouvre le dos ! Ma douleur morale est indescriptible ! Ah, certes, je me plaignais qu’on ne s’occupât point de moi, mais je n’imaginais pas que l’on puisse m’infliger pareille torture !
Je sens que la scie poursuit son massacre. Ce n’est pas un rhume que je vais attraper, à ce rythme-là, c’est une pneumonie ! J’entends des mots chuchotés — Vite ! Vite. Il ne m’est pas possible de mettre un visage sur ceux qui viennent de les prononcer. Ils sont deux ? trois ? Je ne sais pas… Mais je perçois une réelle détermination dans leur volonté de me meurtrir, comme si j’étais responsable de leurs actes.
Soudain, face à moi, les feux d’une voiture apparaissent. Je supplie le conducteur de s’arrêter, en forçant une expression inspirant la pitié et la commisération ! Immédiatement, le chant de la scie s’éteint. Alors que l’occupant amorce le giratoire, je sens des mains palper mon socle et en faire le tour, de manière à se dissimuler. Ils sont malins ! J’aurais eu beau espérer, le miracle ne se produisit pas, et, quelques minutes après, le silence et l’isolement revenus, l’ouvrage a repris son rythme. Et moi qui ne peux rien faire ! J’entends une exclamation étouffée, comme un cri de joie qui, semble-t-il, indique la fin de l’opération. La fraîcheur de la nuit habille chaque paroi de ma cloison intérieure, cela fait du bien mais mon inquiétude demeure… Que vont-ils faire de moi ? J’entends encore les intrus qui se parlent : — Vas-y, donne le moi ! — Tiens ! Prends aussi la résine, pour reboucher ! — Chut ! Je sais ce que j’ai à faire ! File-moi un coup de main !
Quelque chose tombe lourdement à mes pieds — dans mes pieds, devrai-je dire ! —, j’ignore ce que ça peut être. Puis, les deux intrigants repositionnent la plaque qu’ils m’avaient soustraite, et la font tenir avec une cale. Je sens moins l’air, mais ce n’est pas davantage confortable ! J’entends ensuite un bruissement, comme un balai de feuilles qui racle le sol. Je perçois le mot « empreintes » puis, plus rien pendant une à deux minutes. Enfin, j’entends un moteur démarrer, et un engin s’éloigner. Le silence retombe alors, exactement comme il était. Je redeviens le bénédictin portant l’espoir de la vie à travers le vitrail présenté aux astres.
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